Pistes sur les origines possibles de l'instrument

monocorde, tambour à corde(s), trompettte marine

Portraits de l'instrument au fil du temps

du XVème siècle au XVIIIème siècle

HISTOIRE

Portraits de l'instrument au cours du temps

du XVème siècle au XVIIIème siècle

Détail des peintures des voûtes de l'église de Tierp en Suède, vers 1470.

D'aucuns voient dans cette représentation un joueur de clavicorde, instrument à clavier et possédant une série de cordes tendues transversalement et parallèles à la table. On notera pourtant que la main gauche de l'ange n'est pas sur ce qui pourrait être le clavier dudit clavicorde, mais est nettement sur le début des cordes (qui seraient alors les bourdons, s'il s'agit bien d'une cithare sur caisse - le clavier serait en fait la touche frettée au dessus de laquelle se trouve la (ou les) chanterelle(s). En plus, on croit distinguer une ouïe et un sillet sur l'instrument au niveau de la main droite de l'instrumentiste, c'est-à dire précisément là où on les attendrait dans le cas d'un instrument de type épinette / Scheitholt / hommel. Bien sûr, il faut garder en mémoire que les artistes peintres n'étaient probablement ni musiciens ni spécialistes des instruments de musique de leur époque. Comme éléments de comparaison, voir ci-dessous quelques représentations de la même époque d'anges indubitablement joueurs de clavicordes; à chaque fois, les deux mains sont bien positionnées sur le clavier. Le mystère demeure donc, mais je tends personnellement à penser - comme Stig Walin, l'auteur de "Die Schwedische Hummel", Stockholm, 1952 - qu'il s'agit bien là d'une cithare. On serait alors en présence de la première représentation d'une épinette ou d'un hummel.

Église de Tierp, Suède

Ange musicien, vers 1470

Détail des peintures des voûtes de la chapelle basse de la collégiale de Saint-Bonnet-l- Château, début du XVème siècle (photo: jean-François Claustre).

Église St Mary, Shrewsbury (Grande Bretagne), XVème siècle (photo Groenling).

Détail d'un vitrail de la Collégiale St Mary à Warwick (Grande-Bretagne), XVème siècle (photo Groenling).

Dessin Sverre Jensen (repris de "Leve langeleiken!", Ringve Museum, 1987).

Langeleik portant 'inscription ANO 1524 gravée sur le chevillier (photo Valldres museum, Norvège, repris de Aksdal et Kvaerne: "Langeleiken - heile Noregs instrument", Novus, 2021).

Le plus ancien langeleik conservé

Collection particulière Norvège, Vardal, 1524

Cet instrument est gravé ANO 1524. Aucune étude scientifique n'a été menée, mais il semble assez vraisemblable que cette date soit la date de fabrication (ou d'acquisition) de cette cithare; dans les deux cas, elle remonterait au moins à 1524; on ne voit pas pourquoi cette date aurait été inscrite à une époque plus récente. Il s'agit donc probablement du plus ancien instrument du type de ceux qui font l'objet de ce site (cithare sur caisse, à bourdon et à touche frettée).

Église de Rynkeby, Danemark, vers 1560, repris de https://www.rynkeby-revninge.dk/rynkebygalleri

La troisième occurrence d'un instrument de type épinette se trouve encore une fois en Scandinavie, plus au sud : au Danemark, vers 1560, sous la forme d'un ange musicien qui joue de son instrument en compagnie de trente autres de ses semblables. Il Il s'agit de la peinture des voûtes d'un chapelle de l'église de Rynkeby. On croit distinguer des frettes, qui s'étendraient sur toute la largeur de l'instrument, et trois cordes. La position des mains et des doigts correspond à une technique possible de jeu d'une épinette. Il est donc certain qu'il s'agit bien là d'un représentant de la famille d'instruments qui nous intéresse. 

Église de Rynkeby, Danemark

Ange musicien, vers 1560

Bas-relief sur bois de chêne, Vers 1600, Schleswig, Schleswig-Holsteinisches Landesmuseum, Inv.-Nr. 1969-824 repris de http://www.studia-instrumentorum.de/MUSEUM/zithern.htm

Schleswig, Allemagne

Bas-relief sur bois, vers 1600

Une autre représentation se trouve encore un peu plus au sud, dans le Schleswig, partie de l'Allemagne frontalière avec le Danemark. Il s'agit du détail d'un bas-relief sur bois illustrant la parabole du fils prodigue. Une femme tient de la main gauche un objet allongé et de forme rectangulaire, terminé,  par une sorte de renflement qui pourrait bien correspondre à un chevillier. On a bien envie d'y voir une sorte d'épinette ou de Scheitholt, ou au moins un monocorde fretté; la main droite pourrait tenir une sorte de plectre. Toutefois, la façon dont l'instrument est tenu ne plaide pas en faveur d'une épinette, et si les traits transversaux ne sont pas des frettes (stylisées) mais de simples éléments de décor, on pourrait alors plutôt voir un tambour monocorde (?) Le doute subsiste donc !

Un instrument de type épinette conservé au

Rijksmuseum - cote BK-NM-5149

Amsterdam, 1608

Il s'agit de l'instrument référencé C1 pages 35, 36 et 74 dans Boone ("De hommel in de lage landen", 1976) et page 132 dans Ulrich ("Die Hummel - Geschichte eines Volksmusik-Instrumentes", 2011) indiqué dans les deux cas comme étant conservé au Gemeentemuseum de La Haye (sous le numéro d'inventaire MUZ-1952-0171). Cet instrument est maintenant à Amsterdam (objet référencé BK-NM-5149).  Il figure aussi dans Walin ("Die Schwedische Hummel", 1952) figure 59 référencé VG 19.  Malheureusement les photos de l'instrument dans ces trois ouvrages sont médiocres, en noir et blanc et de très petit format, bref, on n'y voit pas grand chose. Voici des photos de l'instrument, telle qu'elles figurent sur le site du Rijksmuseum d'Amsterdam.                                                                                                                                

C'est un instrument monoxyle (taillé dans une seule pièce de bois) en chêne d'une longueur totale de 84 cm et de 6 cm de large. Le corps est un parallélépipède sans fond, de 6 cm de largeur sur 6 cm de hauteur et d'une longueur de 70 cm. Le diapason (la distance entre les deux sillets) est de 67 cm. La table est percée d'une ouïe unique circulaire. Le cheviller est ouvert et pourvu d'une volute rudimentaire. Une seule cheville d'accordage est conservée, l'instrument possédait trois cordes.

L'instrument possède 18 frettes en fil métallique disposées intervalles irréguliers formant une touche diatonique sur une portion de la table, mais trois frettes - la première, la  troisième et la septième - sont plus longues et s'étendent sur toute la largeur de la table.

Sur l'un des côtés, la mention "ANNO 1608" est gravé, et on peut raisonnablement supposer que cette inscription est d'origine et  qu'il s'agit donc de l'année de fabrication.

Il est intéressant de remarquer que les trois frettes plus longues, et surtout la troisième et la septième,  permettent un jeu plus riche puisqu'on peut former au besoin quelques accords si on utilise les doigts de la main gauche, en montant une des cordes "bourdons" à la quarte ou à l'octave dans certaines  parties d'une mélodie (en utilisant un doigt pour modifier la hauteur du bourdon et les autres pour poursuivre la mélodie sur la touche).

cliquer l'image pour visualiser en plein-écran

Michaël Prætorius C.

Syntagma Musicum

Wolffenbüttel, 1619 / 1620, page 57 et planche XXI

Traduction :

Le chapitre XXXIII.

Bûche

(dans Sciagraphia, Col. XXI.)

Bien que cet instrument doive être à juste raison classé parmi les instruments des gueux : j'ai tout de même voulu, du fait qu'il soit très peu connu, le décrire en détails ici. Et il n'est pas très différent d'une bûche ou d'un bout de bois car il est fait, tel un petit monocorde, de trois ou quatre planchettes minces très mal assemblées, avec un petit col en haut comprenant trois ou quatre chevilles reliées à trois ou quatre cordes en laiton dont trois sont élevées à l'unisson, mais l'une d'elles, qui doit résonner une quinte plus haut, au milieu est maintenue vers le bas à l'aide d'un petit crochet. Et si on veut, la quatrième corde peut être ajoutée à l'octave supérieur. On gratte continuellement l'ensemble des cordes avec le pouce de la main droite en bas au niveau du chevalet : et sur les cordes les plus à l'avant, on déplace un bâtonnet lisse tenu dans la main gauche de temps à autre ce qui crée la mélodie du chant sur les frettes en fil de laiton plantés.(Traduction de Jean-François Mazet)

Transcription de l'original :

"Obwohl dieses Instrument billich unter die LumpenInstrumenta referieret werden sollte : So habe ich doch dasselbe / Weil es wenigen bekant / in etwas allhier deliniieren wollen. Und ist eim Scheit / oder Stückeholz nicht gar sehr ungleich /denn es fast wie ein klein Monochordum von drey oder vier dünnen Bretterlein gar schlecht zusammen gefügt / oben mit eim kleinen Kragen / dorinnen drey oder vier Wirbel stecken / mit 3. oder 4. Messingssaiten bezogen ; darunter drey in unisono uffgezogen / die eine aber unter denselben / in der mitten mit eim Häcklin / also / daß sie umb eine Quint höher resonieren muß / niedergezwungen wird : Und so man wil / kan die vierdte Saite umb eine Octav höher hinzugetan werden. Es wird aber uber alle diese Saiten unten am Stäige mit dem rechten Daumen allezeit uberher geschrumpet : und mit eim kleinen glatten Stöcklin in der linken Hand uff der fördersten Saitten hin und wieder gezogen / dadurch die Melodey des Gesanges uber die Bünde /so von Messingen Droht eingeschlagen sind / zuwege gebracht wird."

On peut consulter l'ensemble du volume 2 Syntagma Musicum (1619) et du Theatrum instrumentorum (1620)